On me demande souvent pourquoi je suis devenu éducateur canin comportementaliste.
La réponse remonte à mon adolescence.
J'avais quinze ans lorsque ma mère a décidé d'adopter un Doberman nommé Satan. À cette époque, nous vivions une période difficile. Quelques temps auparavant, ma marraine, qui habitait à quelques maisons de chez nous, avait été victime d'un cambriolage en pleine nuit alors qu'elle dormait. Cet événement avait profondément marqué ma famille et ma mère avait souhaité prendre un chien pour se sentir davantage en sécurité.
Très jeune, Satan a montré un caractère affirmé. Ma mère m'a alors confié la responsabilité de son éducation et m'a inscrit dans un club canin.
Malheureusement, cette expérience n'a pas été celle que j'espérais. À l'époque, le club était principalement orienté vers le Berger Allemand et le Doberman y était souvent considéré comme un chien difficile et têtu. Un jour, alors que je rencontrais de nombreuses difficultés avec mon chien, une phrase m'a été adressée :
« Il y a des personnes qui sont faites pour éduquer un chien, et d'autres à qui l'on pourrait tout expliquer sans qu'elles n'y arrivent jamais. »
Cette phrase m'était destinée.
À quinze ans, je me suis senti jugé, incompris et surtout seul face à un chien que je ne savais plus gérer.
Les problèmes se sont aggravés. Satan a tenté de mordre à plusieurs reprises, aussi bien ma mère que moi. Dépassée par la situation, ma mère a pris la décision de s'en séparer.
Je me souviens encore du jour où nous l'avons conduit au refuge.
C'est un souvenir qui ne m'a jamais quitté.
Arrivés sur place, Satan refusait d'entrer dans son box. J'ai dû entrer moi-même à l'intérieur pour l'attirer. Puis je suis ressorti en le laissant derrière moi. J'ai encore en mémoire ce moment où j'ai dû abandonner mon chien, le cœur serré, avec un profond sentiment d'échec et une immense tristesse.
Cette histoire m'a marqué pour la vie.
Avec le recul, je suis convaincu que ce n'était pas un problème de mauvaise volonté. C'était avant tout un manque de compréhension. Nous ne connaissions pas les codes canins, nous ne savions pas interpréter certains comportements et nous n'avions pas reçu l'accompagnement adapté.
Aujourd'hui encore, je sais que de nombreuses familles vivent ce que nous avons vécu. Et je sais aussi que derrière chaque abandon, il y a souvent des propriétaires dépassés, des chiens incompris et parfois des enfants qui souffrent de voir partir leur compagnon.
C'est en grande partie pour éviter que cette histoire ne se répète que j'ai choisi ce métier.
Quelques années plus tard, vers l'âge de vingt-six ans, je suis retourné en club canin pour pratiquer le RCI, aujourd'hui appelé IGP, une discipline complète associant obéissance, pistage et travail de mordant.
Puis, vers l'âge de trente-six ans, après mon arrivée en France, j'ai intégré un autre club afin de pratiquer le Ring avec mon chien.
Parallèlement, j'ai exercé comme agent cynophile en sécurité privée.
Lorsque j'ai débuté dans cette profession, je pensais naturellement que les maîtres-chiens que j'allais rencontrer posséderaient tous des chiens parfaitement éduqués. Après tout, ils étaient des professionnels.
La réalité était bien différente.
À cette époque, il n'existait ni les certifications ni les formations obligatoires que nous connaissons aujourd'hui. Beaucoup de personnes débutaient avec des chiens récupérés en refuge, chez des particuliers ou dans leur entourage, sans réelle préparation ni connaissances approfondies.
J'ai alors passé une partie de mon temps à aider mes collègues à améliorer le comportement de leurs chiens. J'y ai pris énormément de plaisir.
Parmi les chiens qui ont marqué mon parcours, il y a également Zack, un Berger Allemand que j'ai récupéré à l'âge de trois ans.
Je me souviens encore du jour où je suis allé le voir avec mon épouse.
Lorsque nous sommes arrivés, Zack avait une allure impressionnante. Son attitude, son regard et ses lèvres rétractées laissaient peu de place au doute quant à son caractère. En le découvrant, ma femme m'a immédiatement dit :
« Si tu prends ce chien, je ne sortirai plus dehors. »
Ses inquiétudes étaient compréhensibles. Pourtant, quelque chose me disait qu'il y avait davantage derrière cette façade intimidante. J'ai donc pris la décision de lui donner sa chance.
Le véritable test a commencé dès notre retour à la maison.
Je suis sorti du véhicule et me suis dirigé vers le coffre pour le faire descendre. À peine arrivé devant la vitre, Zack s'est jeté contre celle-ci en claquant violemment des dents. Pendant quelques secondes, de nombreuses questions ont traversé mon esprit.
Comment vais-je gérer cette situation ?
Ai-je pris la bonne décision ?
Suis-je en train de ramener chez moi un chien que je ne pourrai pas contrôler ?
Plutôt que de réagir sous l'effet de l'émotion, j'ai choisi d'observer. Je suis retourné m'asseoir calmement à la place du conducteur afin de comprendre ce qui déclenchait sa réaction.
Et là, quelque chose d'intéressant s'est produit.
Une fois la pression redescendue, Zack ne manifestait plus aucune agressivité.
J'ai alors compris qu'il fallait prendre le temps de le lire plutôt que de le juger.
Finalement, j'ai ouvert le coffre et je l'ai fait descendre. Tout s'est parfaitement déroulé.
Après quelques semaines de rééducation et de travail, Zack est devenu un compagnon extraordinaire.
Avec lui, j'ai découvert à quel point certains chiens peuvent être mal interprétés. Derrière son apparence impressionnante se cachait un chien équilibré qui avait simplement besoin d'être compris et accompagné.
Nous avons formé un binôme exceptionnel.
Ce qui me fascinait le plus chez lui était sa capacité à distinguer les situations. Lorsqu'il m'accompagnait au travail, il était concentré, vigilant et pleinement investi dans sa mission. Mais une fois rentré à la maison, il redevenait un véritable chien de famille, doux, affectueux et incroyablement proche des siens.
Le même chien qui inquiétait mon entourage lors de notre première rencontre était devenu un véritable nounours au quotidien.
Zack m'a appris une leçon essentielle : derrière chaque comportement se cache une explication. Avant de chercher à corriger un chien, il faut d'abord chercher à le comprendre.
Cette conviction m'accompagne encore aujourd'hui dans chacune de mes interventions auprès des chiens et de leurs propriétaires.
Mais plus j'avançais, plus une idée s'imposait à moi : je voulais devenir éducateur canin.
Je voulais comprendre davantage le comportement du chien, mais surtout apprendre à transmettre ces connaissances aux autres.
Car savoir travailler avec un chien est une chose. Savoir expliquer à une famille comment communiquer avec lui en est une autre.
J'ai donc suivi une formation professionnelle afin d'approfondir les connaissances que j'avais acquises au fil des années et développer les compétences nécessaires pour accompagner les propriétaires en difficulté.
Aujourd'hui, cela fait plus de quatorze ans que j'exerce ce métier avec la même motivation qu'à mes débuts.
J'aide les familles à retrouver une relation harmonieuse avec leur chien. J'accompagne les propriétaires confrontés à des comportements difficiles. Je forme également de futurs professionnels du monde canin.
Si je fais ce métier aujourd'hui, ce n'est pas seulement parce que j'aime les chiens.
Je le fais parce que je sais ce que l'on ressent lorsqu'on se sent dépassé.
Je le fais parce que je connais la douleur d'un abandon.
Je le fais parce que derrière chaque chien en difficulté, il y a souvent une famille qui souffre également.
Et surtout, je le fais parce que je suis convaincu qu'avec les bonnes connaissances, de la patience et un accompagnement adapté, de nombreuses histoires peuvent avoir une fin différente de celle que j'ai connue avec Satan.
Vous souhaitant une agréable visite, si vous avez besoin d'un complément d'information concernant votre Éducateur canin à Cambrai : prenez contact dès à présent.